Une galerie d'art à hauteur d’homme

Une galerie d’art personnelle a ouvert ses portes, jeudi
dernier à Bir Mourad Rais, en présence de diplomates
et d’artistes. Cet espace de création est unique
dans son genre dans la mesure où seules les toiles de l’artiste
en question seront accrochées.
Située à Bir Mourad Rais, cette galerie personnelle
d’art est aménagée dans un style contemporain.
L’espace de la salle d’exposition va en longueur.
Les plafonds sont de couleur blanche, l’encadrement des
fenêtres et des portes est jaune et le mobilier est noir.
Le tout baignant dans un variateur d’intensité lumineuse.
Aux cimaises sont accrochées une vingtaine de tableaux,
signés de l’artiste Farid Benyaa.
Ce dernier est diplômé depuis 1973 de l’Ecole
nationale d’urbanisme et d’architecture d’El
Harrach. La passion des arts plastiques, il l’a acquise
tout jeune. Si par le passé l’artiste s’est
contenté de peindre la beauté de la femme, La Casbah
et le Hoggar, dans cette nouvelle exposition de peinture, il nous
invite à découvrir avec un grand ravissement un
thème inédit, celui de l’abstraction lyrique.
Comme il le dit si bien, les gens connaissent mes travaux à
travers les femmes, exécutés à l’encre
de chine, mais pas à travers la peinture abstraite. La
peinture lui permet d’avoir du recul et d’aiguiser
quelque part sa sensibilité plastique. Le regard du visiteur
est happé par les tracés esquissés et la
forme des tableaux.

En effet, dans cette exposition de peinture, Benyaa a choisi
de privilégier les formes dans ses toiles. Mis à
part les dimensions habituelles des tableaux, on retrouve les
formes verticales qui épousent parfaitement les longueurs
de certains murs de la galerie. Dans ce déferlement de
tracés, le peintre nous fait découvrir un monde
fait de femmes, de chameaux, de Touareg et de formes géométriques.
En témoignent les titres suivants, La traversée
du désert, La gardienne du temple, L'invisible, Empreinte
et Particule. A travers la femme, l’artiste essaye de montrer
qu’elle est le barycentre de la société.

Les connaisseurs de la peinture de Benyaa remarquerons qu’il
s’est initié à une nouvelle peinture qui ne
remonte qu’à seulement quatre mois. Une peinture
à l’acrylique qui correspond à son tempérament
. Celle-ci a l’avantage d’être une peinture
contemporaine ayant la caractéristique de sécher
très vite et de donner des effets fabuleux. Il travaille
aussi bien sur le papier, le bois que sur la toile. Farid Benyaa
reconnaît que la technique à l’encre de Chine
est une technique minutieuse.
«J’avais un besoin profond de m’engager dans
une peinture qui puisse libérer ma main. Quant à
la peinture abstraite, elle me pousse à plus de spontanéité
et à des gestes plus larges.» Interrogé sur
cette redondance du jaune, il explique que c’est sa couleur
de prédilection dans laquelle il trouve beaucoup d’énergie.
Cette forme d’éclatement et de gaieté permet
de le libérer. En outre, la précision du détail
revêt un cachet particulier. A ce propos, il avoue que la
première chose qu’il a appris à l’EPAU,
c’est que la diable est dans le détail. C’est
en faisant un tour d’horizon, qu’on se rend compte
seulement qu’il a un côté perfectionniste.
Selon notre interlocuteur, l’interprétation d’une
œuvre incombe à l’acquéreur. Il faut
savoir que toutes les expositions de peinture qui seront organisées
à l’avenir comporteront des toiles originales et
des reproductions. Les prix seront évidemment étudiés.
Farid Benyaa nous révèle qu’il est en train
de préparer de nouvelles collections qui comporteront trois
thèmes: la musique, la fantasia et les paysages. Souhaitons
à notre artiste peintre beaucoup de courage dans l’accomplissement
de son projet... et une source d’énergie incommensurable
pour ses créations.
Par Nassima C.
Galerie d’art Farid Benyaa 4, rue de Picardie, Les
Castors II, Bir Mourad Raïs, Alger.
Horaires d’ouverture de 10 h à 18 h.
«Réconcilier l’art et l’architecture»
Dans cet entretien express, Farid Benyaa nous parle avec passion
et amour de sa nouvelle galerie d’art. Pour lui, le domaine
de l’achitecture et celui de la peinture sont intimement
liés.
Comment avez-vous été amené
à ouvrir une galerie d’art à Alger, alors,
que vous aviez déjà un atelier?
J’ai effectivement un atelier à Aïn Nâadja.
Cet atelier était à la fois un atelier d’architecte
et de peinture. Mais, il a cet inconvénient d’être
mal situé, dans le sens où l’accès
est difficilement repérable. La galerie d’art s’est
imposée comme un espace d’exposition. Ce projet d’ouvrir
une galerie d’art remonte à trois ans. Il faut savoir
que le dessin est une passion d’enfance. Il y a un vase
communiquant entre la peinture et l’architecture. La peinture
m’a ramené à l’architecture et l'architecture
m’a fait découvrir de nouveaux outils en l’occurrence
le rapido, l’encre de chine , la peinture déco et
l’aérosol. La peinture et l’architecture ne
font qu’un. La peinture m’a fait découvrir
La Casbah. Mes première œuvres ont porté sur
l’encre de Chine. En 1994, j’ai essayé de réconcilier
l’art et l’architecture en organisant ma première
exposition de peinture à l’hôtel El Djazair.
Par la suite, j’ai exposé aussi bien à Alger
qu’à l’étranger dont la France, la Turquie
et la Suisse.
Cette galerie baptisée à votre nom
est unique en son genre dans le sens où elle a regroupé
uniquement vos œuvres…
En effet, ma galerie est censée représenter uniquement
mes travaux. Pour moi, être galeriste est un métier.
En toute sincérité, je ne me sens pas capable de
gérer les expositions des autres peintres. Pour organiser
des expositions de qualité, il faut beaucoup de temps.
Il y a tout un travail à faire, sélectionner les
artistes, confectionner les catalogues, préparer les invitations.
Cependant, si demain j’ouvrai une porte, cela serait pour
les jeunes qui ont besoin d’être encouragés.
Cela va être un challenge que de présenter
au public chaque mois une de vos nouvelles expositions de peinture...
Un des actes essentiel de ma galerie repose sur cette obligation
de produire davantage. L’un des privilèges que j’aurai,
c’est d’effacer mes frustrations. Sitôt l’oeuvre
terminée, je pourrai l’accrocher. Cela sera un challenge
permanent. Il me faudra un mois pour présenter une nouvelle
collection. Pour moi, cette galerie, j’ai voulu lui donner
du caractère en essayant de la personnaliser. J’entends
par-là qu’une galerie n’est pas un simple espace
où on accroche des tableaux. A mes yeux, il est capital
de créer une atmosphère de rêve et de convivialité
qui prépare l’observateur à pénétrer
les œuvres. J’ai cette responsabilité de faire
vivre la galerie. Il est important que la technique de travail
soit variée de façon à ce qu’elle ne
s’essouffle pas. Il faut savoir qu’il y aura des reproductions
et des originaux.
Nassima C. |